À l'occasion de la Journée mondiale de sensibilisation aux papillomavirus humains (HPV), Gustave Roussy attire l’attention sur les cancers de l'oropharynx, ces cancers de la gorge qui touchent les amygdales, le voile du palais, la base de la langue et la paroi arrière de la gorge. En cause dans de nombreux cas : le papillomavirus humain (HPV), un virus transmis principalement par voie sexuelle, qui concerne autant les hommes que les femmes.

Les papillomavirus humains, désignés par l’acronyme HPV, sont des virus extrêmement fréquents, regroupant plus de 200 sous-types différents. Ils peuvent se transmettre par contact cutané et contaminer la peau, ou par voie sexuelle, en infectant les muqueuses de la sphère anale, génitale et orale. On estime qu’environ 70 % à 80 % des hommes et des femmes actifs sexuellement seront exposés à HPV à un moment donné. La plupart de ces infections sont bénignes, mais certaines formes de la maladie sont oncogènes. Cela signifie que l’infection peut être suivie, plusieurs années après, du développement d’un cancer.
Près de 100 % des cancers du col de l’utérus sont imputables à une infection à HPV. Ces virus sont également responsables de cancers situés dans la sphère ORL, principalement au niveau de la gorge, mais aussi de cancers du vagin, de la vulve, de l’anus et de la verge.
L’infection orale à HPV peut se contracter par voie sexuelle lors de rapports oraux-génitaux. Le virus se transmet d’une zone infectée à une muqueuse buccale non infectée, en exploitant par exemple des microfissures invisibles à l’œil nu. Il s’agit d’une infection fréquente, puisque des études ont démontré qu’à un instant donné, environ 10 % des hommes et 4 % des femmes ont une infection oropharyngée à HPV.
La plupart des infections orales ou génitales sont transitoires et éliminées par le système immunitaire. Seule une minorité persistera et pourra, dans certains cas, évoluer vers une lésion cancéreuse, un processus qui nécessite plusieurs années.
En France, environ 1 200 cancers de l’oropharynx liés à HPV sont diagnostiqués chaque année. Plus largement, les infections à HPV sont responsables d’environ 6 300 cancers par an, toutes localisations confondues. Les cancers ORL associés au HPV touchent majoritairement les hommes, qui représentent environ 3 cas sur 4[1].
Les cancers ORL induits par le papillomavirus humain se distinguent de ceux provoqués par le tabac et l’alcool, les deux principaux facteurs de risque dans ce type de tumeurs. Les cancers ORL HPV-induits ont la particularité de se développer en priorité dans l’oropharynx, c’est-à-dire la gorge, plus précisément sur les amygdales et la base de la langue. La population affectée est généralement plus jeune, avec une consommation tabagique faible, voire nulle.
Les tumeurs HPV-induites répondent cependant mieux aux traitements, avec à la clef un meilleur pronostic pour les patients.
Il existe un vaccin sûr et efficace pour se protéger contre les infections dues à HPV. En France, le vaccin utilisé protège contre neuf types différents de HPV, dont ceux qui sont les plus souvent à l’origine de cancers. Se faire vacciner permet ainsi d’éviter jusqu’à 90 % des infections à HPV qui peuvent provoquer des cancers.
Pour optimiser son action, cette vaccination doit intervenir avant le début de la vie sexuelle des jeunes filles et des jeunes garçons, soit avant toute possible exposition aux papillomavirus. Mais un rattrapage est possible jusqu’à 26 ans.
En France, la vaccination HPV est recommandée :
Pour réaliser la vaccination, vous pouvez vous renseigner auprès de votre médecin, de votre pharmacien, d’une sage-femme, d’un infirmier ou d’un service de vaccination municipal ou départemental.
Gustave Roussy a créé en 2022 un « Groupe HPV », avec pour objectif de favoriser une prise en charge et une recherche multidisciplinaire autour des cancers HPV-induits. Ce groupe rassemble gynécologues, proctologues, dermatologues, médecins ORL, cancérologues, chirurgiens, virologues, anatomopathologistes, médecins de santé publique et chercheurs, avec pour ambition de monter un programme de recherche clinique et translationnelle centré sur tous les cancers induits par HPV.
Son objectif est à la fois d’accéder plus facilement à l’innovation thérapeutique et de favoriser une prise en charge et une recherche multidisciplinaire, au moment du diagnostic et des traitements, ainsi qu’en termes de prévention et de dépistage.
[1] Badoual C. et al. Les cancers des voies aérodigestives supérieures induits par une infection par Papillomavirus humain : spécificités épidémiologiques, diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques. Bull Acad Natl Med. 2022. doi:10.1016/j.banm.2022.10.019