À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, rencontre avec la Pr Véronique Minard-Colin, pédiatre onco-hématologue, chercheuse en immunothérapie et cheffe du comité de pédiatrie à Gustave Roussy.

J’ai été confrontée au cancer dès l’enfance, puisque j’accompagnais mon père, lui-même médecin, lors de ses visites le week-end auprès de mineurs d’ardoise à Trélazé, souvent atteints de maladies graves dont le cancer. J’ai également toujours beaucoup aimé les enfants et les adolescents, et c’est de cette synthèse, je pense, qu’est née ma vocation. Je me revois encore, dans la cour de récréation, du haut de mes 7 ou 8 ans, expliquer que je voulais faire de la cancérologie pédiatrique. C’est dans cette perspective que j’ai débuté mes études de médecine, à Angers, en ne rêvant que d’une seule chose : rejoindre Gustave Roussy. La cancérologie pédiatrique est l’une des disciplines médicales les plus difficiles, rien de plus insupportable que de voir un enfant malade du cancer. Mais c’est aussi l’une des plus gratifiantes. J’ai énormément de respect et d’admiration pour les enfants ainsi que pour leurs familles.
Après mon externat à Angers, j’ai été admise à l’internat de Paris. J’ai notamment suivi un stage en hématologie pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré avant de rejoindre Gustave Roussy. J’y ai ensuite été assistante après deux ans de clinicat à l’hôpital Necker dans le service d’immuno-hématologie pédiatrique. De 2006 à 2008, je suis partie aux États-Unis avec mon mari et mes enfants, plus précisément à l’Université de Duke, pour réaliser une thèse de science. Il y avait à l’époque peu d’échanges académiques entre la France et les États-Unis. Cheffe de clinique à Gustave Roussy, j’ai envoyé des candidatures spontanées. J’ai été admise dans plusieurs universités, mais mon choix s’est finalement porté sur Duke, au sein du laboratoire du Pr Thomas Tedder, dont les travaux ont largement contribué à définir CD20 comme une cible thérapeutique majeure en immunologie. Lors de ma thèse, les lymphocytes B régulateurs ont été décrits pour la première fois dans le laboratoire. C’était exaltant de comprendre leur rôle dans des modèles tumoraux et ce fut le sujet de mes travaux ! Je suis rentrée en France en 2008 et j’ai rejoint Gustave Roussy. Je suis aujourd’hui cheffe du comité de pédiatrie, et je coordonne la recherche et l’enseignement au sein du département de cancérologie de l’enfant et de l’adolescent. J’anime également la réunion de concertation pluridisciplinaire de pédiatrie et je continue de travailler au développement de nouvelles immunothérapies. En parallèle, je suis vice-présidente de la Société Française de Lutte contre les Cancers et les Leucémies de l'Enfant et de l'Adolescent (SFCE) et co-directrice du Paris Kids Cancer. Il est cependant primordial pour moi de garder des liens avec la clinique et le soin, puisque je consulte toujours et que j’essaie de garder une activité en salle et d’y faire la visite. J’ai besoin de ce contact avec les enfants, leur famille, ainsi qu’avec les différentes équipes pour mieux percevoir les organisations et les besoins.
Je suis spécialisée dans deux pathologies pédiatriques : les lymphomes et les sarcomes des tissus mous, ainsi que dans le développement de nouvelles immunothérapies, ces traitements anticancéreux qui ont pour mission de booster le système immunitaire du patient pour qu’il s’attaque plus efficacement à ces tumeurs. J’ai coordonné avec le Pr Florent Ginhoux le développement de l’axe « Immunologie des tumeurs pédiatriques » du programme Crescendo, et je travaille aujourd’hui en collaboration avec les équipes du laboratoire « Immunothérapie des cancers pédiatriques et adultes » d’Emmanuel Donnadieu. La recherche sur les cancers pédiatriques s’est vraiment renforcée ces dernières années à Gustave Roussy et je m’en réjouis. Je ne peux pas citer l’ensemble des personnes impliquées, mais la création de l’unité « Oncogenesis, resistance and therapeutic targets of pediatric cancers » dirigée par Thomas Mercher en est une bonne illustration.
Je suis beaucoup investie en recherche clinique. En prenant la suite du Dr Catherine Patte, j’ai coordonné le premier essai clinique international dans les lymphomes pédiatriques dédié à une molécule d’immunothérapie appelée le rituximab. Cet essai, dont les résultats positifs ont été publiés en 2020 dans le New England Journal of Medicine, a constitué une véritable révolution clinique, puisqu’il a débouché sur l’autorisation du médicament pour tous les enfants atteints d’un lymphome. Nous travaillons désormais à la suite de cet essai. Nous cherchons à entamer une phase de désescalade de la chimiothérapie pour la majorité des patients en nous basant sur le profilage moléculaire. Pour certaines formes rares mais résistantes de la maladie, nous cherchons à introduire de nouvelles immunothérapies en complément. La collaboration avec mes collègues méthodologistes, dont le Dr Anne Aupérin, mais aussi les biologistes et la direction de la recherche clinique est très enrichissante.
Personnellement, être une femme ne m’a pas posé de difficultés pour mener ma carrière, et j’ai la chance d’avoir un mari et une famille qui me soutiennent énormément. Il est cependant nécessaire de défendre sa place et de s’imposer, peut-être encore plus que pour un homme. Il me semble que certains instruments au service de l’égalité, comme la parité dans les réunions ou les présentations scientifiques, ou la présence de femmes dans les comités stratégiques, sont toujours intéressants à mobiliser. Les femmes ont une approche différente quant à la résolution des problématiques et à la gestion de la dynamique collective. Être sensible à valoriser leurs apports ne peut que générer de la plus-value.
De ne se fixer aucune limite, d’avoir confiance en sa valeur, d’innover, de s’entourer de collègues vertueux, et de beaucoup travailler. La science est un combat qu’il ne faut pas lâcher pour les patients, tout en veillant à conserver ses valeurs fondatrices et son style, quel qu’il soit. Il faut garder en permanence à l’esprit les raisons de son engagement. Il ne faut également pas hésiter à demander des soutiens, des mentors, qui puissent vous conseiller à des moments clefs et vous aider pour certains projets ou certaines positions. Je crois aussi profondément au collectif. Il n’y a rien que j’aime plus que de confronter les points de vue, de s’écouter et de se questionner avant d’en faire la synthèse et de prendre une décision. Mais le plus important, c’est de ne pas se mettre de barrière : sky is the limit !
► Biographie de la Professeure Véronique Minard-Colin